Le Darwinisme balconnier

26 juillet 2016 § 5 Commentaires

Comme c’est l’été, le balcon a droit au retour des pigeons amoureux. Dit comme ça on n’imagine pas ce que ça signifie au quotidien. Il y a d’abord la période où ne les voit pas trop mais où on les entend roucouler à toute heure, de préférence dans la courette qui fait caisse de résonance et pour laquelle ils ont manifestement une affection particulière. Ensuite vient le temps où on ne les entend plus, mais où ils attaquent le balcon en quête d’un endroit pour nidifier. C’est la période la plus pénible car, les pigeons n’ayant aucun goût pour le jardinage et aucun respect pour le travail méticuleux du jardinier, ils piétinent sauvagement les fleurettes pour y mettre leurs fesses.

Cette année, la tradition est respectée et l’autre jour une pigeonne idiote est venue piétiner sauvagement mes magnifiques géraniums « Espresso », l’année même où ils n’ont jamais été aussi beaux! On voit moins l’ampleur des dégâts sur cette photo prise ce matin, mais tout était aplati à plusieurs endroit et, animée par un esprit de vengeance bien naturel, il a fallu que toute la journée je déloge l’intruse en plantant des baguettes coiffées de papier alu… si bien qu’à la fin il y avait plus d’aluminium que de géranium dans cette jardinière! IMG_3445

Je n’ai pas compris tout de suite ce qui motivait l’extraordinaire pugnacité de la bestiole, qui s’acharnait à revenir dès que j’avais le dos tourné, sans pour autant apporter la moindre branchette. Je n’ai compris qu’en fin d’après midi que cette écervelée se souciait un peu tard de trouver l’emplacement de ses rêves. Empêchée de s’installer dans mes géraniums elle est allée se poser dans la jardinière d’à côté, dans laquelle des Nemesias Sunsatia blancs plantés en mai achèvent de mourir tristement (un mauvais investissement, j’y reviendrai bientôt). N’écoutant que mon courage, je me rue sur la pigeonne qui s’envole à tire d’aile pour ne plus revenir. Victoire!

Hélas… C’est parce qu’elle était prise par l’urgence d’une ponte imminente que la malheureuse voulait à tout prix s’installer chez moi, sans même prendre le temps de faire un vrai nid. Depuis une dizaine de jours, j’avais bien remarqué au pied des platanes de ma rue les branchettes qui signalent les nids en construction (branchettes que les pigeons maladroits font tomber de leur bec). Pour une raison ou une autre, elle n’avait pas de nid et avait donc paré au plus pressé: trouver un endroit et pondre. Chassée des géraniums elle s’était donc rabattue sur les nemesias pelés et secs et avait pondu son œuf en plein soleil.IMG_3431

Quand je l’ai chassée de cet ultime refuge, elle a abandonné son œuf, que je n’ai pas vu tout de suite. Elle n’est jamais revenue et l’œuf a donc cuit en plein soleil pendant plusieurs heures! Il est resté là plusieurs jours et hier il a été emporté ou balancé par dessus bord par un autre oiseau: disparu!

Cette pigeonne un peu cruche ne pourra donc pas se reproduire cette fois-ci. Peut-être avait-elle fait un nid dans un autre endroit mal choisi dont elle avait été chassée? En tout cas, en choisissant aussi mal ses lieux de ponte elle va avoir du mal à perpétuer l’espèce. La balcon parisien illustre ainsi pédagogiquement le principe de la sélection naturelle!

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Murder, she wrote

23 juillet 2015 § 6 Commentaires

Autant l’avouer, je suis la Lady Macbeth des balcons parisiens. J’ai du sang sur les mains. Il fallait bien que ça arrive un jour d’ailleurs et ce n’est pas la première fois. Depuis quelque temps déjà je voyais bien à certains signes qu’un incident était imminent. Des plantes piétinées sans ménagement; d’abord au pied du grand buis, puis dans la jardinière de lavande. Des brindilles disposées à des endroits stratégiques. Quelques démonstrations de force avaient mis un terme à ces agissements, mais le répit ne fut que provisoire. Au début, je n’ai pas prêté attention à l’aspect un peu avachi du géranium Johnson Blue qui, pour une raison mystérieuse, ne s’est jamais vraiment accommodé de sa colocation forcée avec la glycine. Les pieds de melon (qui feront l’objet d’un article à venir, mais oui cette année des melons poussent sur le balcon parisien!) couraient en rampant vers la grille du balcon, mais c’est ce que font traditionnellement les melons de balcon (enfin, les melons en général). Il faut dire aussi qu’il est très difficile de voir quelque chose dans la jungle luxuriante qu’est devenu ce coin du balcon, entre l’abélia (qui a doublé de volume) et surtout les tomates, qui font quasiment un mètre de hauteur avec des feuilles immenses. Toujours est-il qu’à mon retour, après une semaine Outre-Manche, j’ai fini par remarquer une forme de couleur inhabituelle au pied de la glycine. C’était elle! Celle qui tournait autour du balcon depuis des jours en attendant le moment opportun. Tapie à l’abri de la forêt de tomates géantes.IMG_2647Je n’ai pas compris tout de suite. Et puis, mes gesticulations bruyantes ne la faisant pas bouger d’un millimètre, l’effrayante réalité s’est imposée: elle avait nidifié! L’odieuse machination était en train de porter ses fruits. C’est un problème propre aux balcons urbains. Souvenez-vous, j’en avais déjà parlé (voir l’article « Silent enemy ») et il y a quelques années, dans un précédent appartement, une jardinière de romarin avait été squattée pendant les vacances d’été.

Taraudée par mon instinct maternel, j’ai hésité. Pauvre pigeonne. Mais très vite la raison a repris le dessus et l’envie de conserver le nid et d’observer la naissance de pigeonneaux (après tout, je ne me lasse pas d’observer mes mésanges) a vite laissé la place à des scènes atroces dans lesquelles des roucoulements incessants accompagnaient une production industrielle de fiente de rat volant sur une rambarde que j’avais repeinte moi-même l’an dernier. Légèrement rongée par la culpabilité (tout de même) j’ai lu à droite et à gauche ce que je pouvais trouver sur la question, et une information a précipité la décision fatale: une fois confortablement installé sur un coin de balcon à son goût, le couple de pigeon y revient tous les ans jusqu’à ce que mort s’ensuive! Bigre. Il fallait donc agir vite et couper à la mère éplorée toute envie de revenir sur le balcon de la mort.

Elle ne s’est pas laissée déloger facilement. Sans doute concentrée sur la ponte d’un autre œuf, elle s’est d’abord reculée un peu (pile sur mes pieds de melons, que l’on aperçoit un peu derrière elle):IMG_2651

 

Un seul œuf! Je prenais donc le mal à la racine, car les pigeonnes en pondent en général trois. Il a fallu du temps pour qu’elle décampe et une fois partie j’ai pris l’œuf et le nid, rapatrié les tiges rampantes de melon vers l’intérieur et hérissé la zone de baguettes en bois.IMG_2644

Je dois avouer que mes derniers scrupules se sont évanouis lorsque je me suis rendu compte que j’avais affaire à des pigeons amateurs et pas à des professionnels de la ponte. Non seulement leur nid ne ressemblait pas à grand chose et n’aurait guère protégé la couvée de l’humidité (car si j’avais décidé de garder le nid et les œufs j’aurais arrosé, fatalement), mais en plus, toute à mon entreprise meurtrière, je suis tombée par hasard sur un autre œuf, pondu littéralement n’importe où par la mère inconsciente et peu au fait des règles élémentaires de la reproduction aviaire:IMG_2652

Quelle idiote cette pigeonne! Était-il raisonnable de la laisser devenir mère de trois pigeonneaux? Je vous laisse juge!

 

Les pies et les paparazzi

11 avril 2014 § 8 Commentaires

Ces dernières semaines, j’ai observé un étrange ballet sur les platanes qui font un écran de verdure au balcon. Un couple de pies a entrepris de s’installer sur le platane qui se trouve pile en face de mon salon. Elles ont cassé des rameaux qu’elles ont commencé à installer sur la plus confortable fourche de cet arbre, au croisement de quatre belles branches bien solides. Les feuilles commençaient à peine à sortir. Toute la journée, on pouvait voir leurs allées et venues, leurs bagarres sans merci avec d’autres pies et surtout avec les corneilles du coin. Peu à peu, le nid a pris forme:

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Les pies font des nids énormes qui peuvent parfois ressembler à celui du Marsupilami, c’est-à-dire à une grosse boule de branchages… Hélas, ces pauvres pies ont eu tôt fait de remarquer ma présence un peu insistante (et accompagnée d’une toux coquelucheuse d’une discrétion douteuse) soit au moment des arrosages, pendant mes travaux de rempotage, ou pire encore quand j’ai décidé de photographier leur chantier de construction.

La pie n’apprécie pas plus l’espionage industriel que l’invasion de sa vie privée. Elles ne m’avaient pas plus tôt repérée qu’elles ont entrepris de déménager brindille par brindille deux platanes plus loin. Ça leur a pris un temps fou, elles en ont bavé des ronds de chapeaux (j’adore cette expression), ont fait tomber pas mal de matériel irrécupérable et du coup, voilà mon projet de reportage animalier tué dans l’œuf (de pie)!!

Sur la photo suivante, très mauvaise (post-cassage de Lumix), l’espèce de boule foncée et floue qu’on aperçoit dans le coin droit en bas: c’est le nouveau nid, qui se trouve donc bien trop à l’ouest pour être à portée de téléobjectif balconnier. Les pies y gagnent une bien plus belle vue sur la tour Eiffel!

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En prime, parce qu’elles n’étaient pas sur le bon ordinateur quand j’ai posté le précédent article, voici deux photos de la glycine en fleurs prises avec assez de lumière, dont une avec un énorme bourdon noir:

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Pergola et nid suspendu

12 mai 2013 § 6 Commentaires

Je me suis absentée quelques jours au Maroc, dans une maison paradisiaque. Solène, ce post est pour toi: j’ai trouvé un idéal de pergola. C’est un peu comme dans Astérix chez les Bretons, quand un des guerriers bretons dit à Astérix: « encore 2000 ans de soins attentifs et mon gazon sera parfait » (citation approximative). Arme toi de patience et un jour ta pergola ressemblera à ce qui est pour moi le sommet de l’art pergoliesque:

P1050302C’est pas compliqué, il suffit d’avoir sous la main quelques troncs de palmiers et hop! le tour et joué: bignone et chèvrefeuille complètent l’ensemble, la piscine est en option!

Juste une autre photo de ce séjour, celle d’un petit oiseau que je n’ai pas encore identifié et qui avait fait son nid comme une balançoire ronde entre deux lianes de bignone juste au-dessus de la table sur laquelle nous déjeunions. Tout le monde passait son temps la tête en l’air à le regarder faire la navette pour agrandir sa réserve de graines et de matériaux:

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Silent enemy

29 février 2012 § 8 Commentaires

À peine les grands froids passés, tels Attila, un autre danger insidieux plane sur le balcon. Enfin, pas sur tout le balcon mais sur les rebords de fenêtre de la cuisine. De retour après une semaine d’absence (c’est toujours le même scénario macabre), on a remarqué que deux pigeonnes sorties de Gary Larson avaient jeté leur dévolu sur les deux pieds de bruyère et sur le pied de thym. Leur technique consiste à piétiner les plantes de façon à obtenir une surface propre à accueillir un nid. Je les déteste. Depuis que d’autres pigeonnes m’avaient détruit un magnifique romarin il y a des années, c’est la guerre sans merci.

Voilà dans quel état j’ai trouvé mon thym en rentrant de vacances. Sans compter que la simple idée qu’un cul de pigeon parisien ait pu s’asseoir dessus le rend évidemment inutilisable pour un bon bout de temps:

On voit mal sur la photo, mais des branches ont été cassées sans vergogne. Ce qui me fascine c’est cet acharnement à vouloir se faire un nid dans mes plantes aromatiques, malgré ma présence et l’insécurité permanente qu’elle entraîne, au lieu de se faire un nid en haut d’un platane, là où il y a de l’espace et où personne ne viendra les déranger. C’est une preuve de la bêtise manifeste de cet animal qui fait passer le choix d’un parfum d’intérieur agréable avant la sécurité la plus élémentaire!

Où suis-je ?

Entrées taguées nid sur balconparisien.